Deux êtres dans un seul corps humain

                    Dans  Le Rouge et le Noir de George Stendhal

                                Ecrit par TN Minh Tâm

      Le 12 Décembre 2005

                                                    

                                                    

I. - Introduction 

Comme Pascal, un grand philosophe et savant Français du 15 ième siècle, a dit ‘L’homme est un roseau pensant,’ le titre du roman de George Stendhal ‘Le Rouge et le Noir’ m’a vraiment poussé à  écrire ce sujet volcanique ‘Deux  êtres dans un seul corps humain,’ – un sujet moral et plein de philosophie sur le destin de l’homme.

Qu’est-ce que je voudrais dire par ‘deux êtres dans un seul corps ?’ C’est extraordinaire et un peu difficile et compliqué à expliquer cette idée-là, mais vraiment nous ne pouvons pas refuser que cela exprime tout à fait le goût amer du destin que nous, des roseaux pensants, avons supporté depuis notre naissance jusqu’à notre dernier souffle.

A. Brève introduction sur l’auteur 

Qui est George Stendhal ? C’est un très grand écrivain français du 17 ième siècle.  Né à Grenoble en 1783 dans une famille bourgeoise de la ville, son enfance morose est marquée par la mort de sa mère lorsqu’il avait sept ans, puis la tyrannie exercée par son père et son précepteur.[1]

 Brillant élève de l’Ecole Centrale de l’Isère, puis de l’Ecole polytechnique, Stendhal a fait surprise aux professeurs quand il partageait sa vie aux missions militaires à l’étranger, sur les pas de Napoléon, son idole. Mais malheureusement  la chute de cet empereur à la bataille de Waterloo mit fin à ses espoirs et Stendhal ne pouvait seulement à exprimer ses idées dans ses œuvres littéraires.

Influencé fortement par le héroïsme de Napoléon, les personnages de Stendhal ont des passions fortes et multiples; mais ils sont guidés par une froide lucidité qui les conduit à la recherche du bonheur lointain « comme l’auteur lui-même qui est nommé ‘un écrivain à la fois lucide et sensible ;’ Stendhal a été un isolé dans son siècle.’[2]

B. Définition du titre du roman

                         

Le Rouge et le Noir, un roman superbe et magnifique écrit par Stendhal en 1830, surpassait le temps avec les caractères compliqués des personnages et particulièrement par son protagoniste, Julien Sorel (et peut-être c’est l’incarnation de Stendhal).  Ce personnage représente tout à fait ce que je voudrais analyser dans ‘Deux êtres dans un seul corps humain.’

Avec son particulier caractère, Julien nous a emporté dans un monde mystérieux mais chaleureux, indifférent mais amoureux, plein d’énergie, d’ambition et de conscience.  Ce monde entier-là nous semble étranger, discret mais il est en dedans de nous- mêmes, il appartient à nous – et tout cela justifie la raison pour laquelle j’ai choisi Julien Sorel comme mon sujet.

D’abord, je voudrais identifier le titre du roman: Le Rouge et le Noir.  « La couleur rouge est souvent liée au thème de la violence issue de la souffrance.  Le rouge apparaît donc comme une couleur de menace, de violence, de colère, de ressentiment ou de révolte, de révolution.  Le rouge représente aussi la passion, l’amour, la victoire, le sang, la conquérance. Il est le symbole du masculin, spécialement il est la couleur choisie des costumes militaires de l’armée de Napoléon.

Quant à la couleur noir, elle peut  être d’abord celle de la nuit sans étoile – de l’obscurité, l’absence de toute clarté.  C’est le symbole du froid, de la peur, de la souffrance – le symbole de la misère et de la détresse, de l’agonie, de la tristesse ou de l’insensibilité- l’image de l’échec et de la mort.  Le noir représente aussi la passivité, la faiblesse féminine,[3] » mais le noir est aussi la couleur des vêtements des prêtres, la couleur associée à la religion, au bien, au sacré.

C. Définition du titre du sujet

Ces deux couleurs seront chargées aussi de symboles des deux caractères différents mais semblables qui forment l’être humain.  Oui, il est difficile à croire mais il est réel qu’il existe une moitié homme, une moitié femme dans un seul corps. Pour confirmer cette idée là, prenons l’exemple de la statue de Shiva de l’Hindouisme qui possède des éléments féminins et les quatre bras dans son seul corps.

Les Hindouistes ont considérés Shiva comme ‘le Bien, le Protégé, et le Saint’ qui leur protège des dangers et de la souffrance. Mais par contre, il est aussi ‘le Destructeur du mal, du péché ou du regret,’ sous le nom de Shiva –Rudra ou ‘Shiva-Sankara, le Danseur cosmique’. Mais Shiva-Ardhnareeswara est le plus extraordinaire parce qu’il est androgyne, avec les deux sexes ‘mâle et femelle’ dans son seul corps.’ [4]

Avec toutes les images de Shiva ci-dessus, depuis plusieurs siècles, l’Hindouisme a soutenu que l’homme est composé de deux éléments mâle et femelle dans son seul corps et cela illustre clairement les caractères entremêlés de l’homme que nous sommes en train d’analyser physiquement et psychologiquement pour entrer dans un autre univers  plus secret, plus profond, plus compliqué et plus sensible.

Un autre exemple qui exprime mieux la dualité humaine se retrouve dans le Yin et le Yang du Taoïsme.  Le Taoïsme est une belle religion mais en réalité, elle est la plus discrète des religions à cause de son symbole mystérieux comprenant les deux entités Yin et Yang.

 Vers l’an 2.000 Av. J.C., en Chine, les Taoïstes ont déjà représenté l’univers comme un cercle formé de deux parties embryonnaires qui s’embrassent ensemble.  Le Yang (rouge ou blanc) représente toutes les choses dans l’univers qui sont illuminées, actives, agressives, chaudes, dures, fortes ou masculines.  Au contraire, le Yin exprime quelque chose qui est noircie, cachée, passive, réceptive, fraîche, froide, douce, tendre, ou féminine.

Le Yin (noir) et le Yang (rouge ou blanc) expriment les deux pôles opposés de l’univers, comme le bien et le mal, la clarté et l’obscurité, les principes mâle et femelle… et les deux se complètent pour former une force créative pour produire tout : la terre et l’homme… Mais de temps en temps, l’impact de la civilisation humaine a perturbé l’équilibre de ces deux éléments Yin et Yang.[5]

II. L’analyse théorique du sujet

A.    Sens figuré du sujet

Osho, un grand philosophe, écrivain et professeur Indien, a écrit dans son livre très célèbre ‘The Heart Sutra (Le Cœur de la victorieuse sagesse transcendante) :Il y a quelque chose qui est contribuée par notre père et il y a aussi quelque chose qui est formée par notre mère.  Les caractères mâle et femelle flottent dans notre sang.  Nous portons ces deux caractères en même temps parce que nous sommes la conjonction de deux pôles opposés.  Nous sommes la synthèse !’[6]

« Un garçon  est formé depuis son enfance pour devenir courageux, dur ou rude.  Il lui  est interdit de  montrer des traits féminins, de ne jamais exprimer la douceur ou la tendresse, de montrer la passivité à quelqu’un.  Un garçon est interdit de pleurer, de sangloter ou complaindre comme les filles car les larmes sont féminines. Et au contraire, une fille est éduquée pour être toujours obéissante, passive, réceptive, tendre, jamais être agressive ou violente, etc. »[7]

« Pourtant en réalité, il y a tant de fois qu’un homme désire ou a besoin des caresses, de la tendresse ou se montre très triste ou dépressif, il a pleuré comme une fille pour diminuer son angoisse. Et les femmes, à l’opposition, sont très agressives, froides, rudes ou déterminées, franches dans certaines occasions pour donner leurs idées individuelles. »[8]

 De cette idée philosophique et psychologique, je suis persuadée que l’homme possède vraiment en lui deux aspects : fort et faible, rude et doux, raisonnable et irraisonnable, mal et bien, saint ou péché; et Julien Sorel (ou nous tous) porte en lui une complète image de cette dualité qui cause la douleur, la souffrance mais aussi la passion et le bonheur d’être humain.

B.    Les causes extérieures qui influencent le caractère de Julien

Le roman se passe sous la Restauration, à Verrières, une petite ville de Jura.  Julien Sorel a dix-neuf ans.  C’est un jeune homme d’origine modeste.  Il est le petit fils d’un charpentier brutal qui demande ses garçons à gagner leur vie par les travaux de force, mais fasciné par le prestige de Napoléon, qui devient son idole, le jeune Julien ambitieux s’évade toujours dans la littérature et songe à réaliser ses rêves de gloire par ‘épouser’ la carrière militaire.

« Dès son enfance, Julien s’est rendu fou de l’état militaire quand il voyait des soldats, des officiers militaires, revenant de l’Italie ou des batailles du pont de Lodi, d’Arcole, de Rivoli, passer ou attacher leurs chevaux à la fenêtre grillée de la maison de son père.[9] »  Julien a rêvé d’habiller ce costume rouge magnifique et héroïque de l’armée de Napoléon, et après « comme Bonaparte, il sera aimé et entouré par les jolies femmes de Paris.[10] »

Napoléon, ce héros idéal envahit presque totalement l’âme du jeune homme et lui consolait de ses malheurs discrets par le mépris de son père et ses frères et redoublait sa joie s’il en avait, mais lorsque Julien avait quatorze ans, la chute de cet empereur superbe à la bataille de Waterloo a bouleversé et renversé ses projets d’avenir.  Tout à coup, il cessa de parler de Napoléon, de ne plus y songer. Pour Julien, tout s’écroula en débris.

Envahi de chagrin et de solitude, Julien abhorrait sa patrie, abhorrait lui- même.  Pour lui maintenant, c’était d’abord sortir de la maison de son père, sortir de Verrières et peut-être, la seule solution pour résoudre ses sombres pensées, c’est de devenir prêtre comme l’abbé Pirard qui est très modeste, très sincère et très religieux dans son habit noir – noir comme l’état d’âme de Julien.

Le rouge, couleur de la légion d’honneur, de la victoire, du courage, de l’héroïsme d’un bonhomme, a cédé pour le noir, couleur de la religion où Julien ira s’abriter pour échapper son désespoir et son malheur.  Hélas, la vie ne s’écoule jamais doucement comme on veut.  Julien apprend à voir le monde à travers d’autres yeux et dans une autre position (pas celle qu’il a choisie) quand son père, lui- même, a décidé d’envoyer son petit frêle chez M. de Rênal, le maire de Verrières, comme précepteur pour une somme d’argent.

Et voilà, la destinée commence à jouer son rôle sur ce pauvre jeune homme quand celui-ci pénètre la première fois dans l’univers des bourgeois – des bourgeois hypocrites qu’il méprisait depuis longtemps.  Comme on lui a introduit, dès le premier abord, Julien Sorel a montré un esprit calculateur, fier, et ambitieux mais de l’autre côté, il est comblé de tous les dons : ‘bon par nature, jeune, sensible, intelligent, énergique’[11] mais surtout son vœu à atteindre la perfection sacrée de la Pureté, de la Beauté, et du Bien.

Le Mal et le Bien se luttent violemment en Julien. D’un côté, il adore de sommets de pouvoir, de puissance, de vengeance quand il confronte une société mal réglementée, de l’autre côté, il rêve à mener une vie simple, paisible et sincère d’un ascète.  Mais  plus il s’engage dans cette société bourgeoise et hypocrite,  plus il tombe profondément et malheureusement dans l’adultère avec madame de Rênal et ensuite dans la séduction de mademoiselle de la Mole, pour grimper sur l’échelle de la puissance.

Oui, notre ange noir aux ailes brisées Julien s’est enfermé dans « l’enfer de sa faiblesse d’âme humain. »[12] Le défaut est le caractère chronique de l’homme.  Si on ne fait pas des erreurs, on n’est pas humain.  Toutes les causes de péché sont dérivées de l’avidité, de la haine, et de l’ignorance.  A cause de cette faiblesse d’âme, on s’enfonce follement dans la course au pouvoir, mais  plus on continue à courir,  plus on tombe et meurt dans l’enfer de péché et de désespoir.

Dans la lutte entre le bien et le mal, le saint et le péché, l’amour et la sexualité, le pouvoir et la simplicité, Julien (ou nous tous - les très simples, très ordinaires êtres humains, faibles comme les roseaux) est déjà vaincu.  Oui, dans ce jeu de cartes, Julien est tombé sur une mauvaise carte de la destinée lorsqu’il se trouve lui-même isolé de toute société, en prison, en attendant la mort.

III. Conclusion

Chez Stendhal, la psychologie joue un très grand rôle, ainsi que la rationalité.  Par le personnage Julien, Stendhal veut nous décrire les travers de son siècle : l’amour codifié, les luttes entre Jansénistes et Jésuites, la haine entre les libéraux et les conservateurs, et finalement la lutte entre le peuple et l’aristocratie. 

Stendhal a fait la peinture des mœurs des différents milieux de la société française sous la Restauration, à travers la dualité psychologique de l’être humain du protagoniste ; mais à son avis, on peut trouver une vie paisible, un vrai bonheur et sa vraie identité seulement quand on est en solitude, loin de ce monde profane.

 



[1] Henry Beyle, Stendhal: www.u-grenoble 3/frstendhalia/Stendhal.htm

[2] Ibid.

[3] Christine Dran, Le Rouge et le Noir: http://www.bmlisieux.com/litterature/gambier/gambiel 12.htm.

[4] Wikipedia – the free encyclopedia: Shiva.

[5] Taoism: http://religion-cults.com/eastern/Taoism.htm.

[6] Osho, The Heart Sutra, page 76.

[7] Osho: The Heart Sutra, page 77.

[8] Ibid.

[9] Stendhal, Le Rouge et le Noir, page 44.

[10] Ibid, page 45.

[11] http://www.kazibao.net/francais/rubriques/teksto/contribox/displaysi.

[12] Stendhal, Le Rouge et le Noir, page 480.